Au cours de la saison 2011-2012, le Théâtre du Trillium déploie ses ailes et va à la rencontre de nouveaux publics, profondément ancré dans la création d’ici, influencé par l’ailleurs.
À La Nouvelle Scène d’Ottawa, notre création de la saison donne la parole à une artiste que nous affectionnons tout particulièrement. Au centre du projet, une langue, une sensibilité, un regard unique sur le monde qui l’entoure : celui de la poète Marjolaine Beauchamp, porté au théâtre par l’artiste multidisciplinaire Pierre Antoine Lafon Simard. Le spectacle Taram est né d’un kidnapping : celui de Marjolaine par un collectif d’artistes qui ont décidé de l’emmener au pays du théâtre.
Marjolaine Beauchamp est championne québécoise du Grand Slam provincial 2009, vice-championne du monde, toutes langues confondues, à la Coupe du monde de slam poésie 2010, récipiendaire du Prix Jacques-Poirier pour son recueil Aux plexus, dont sont tirés plusieurs textes du spectacle Taram. Cette jeune auteure a fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci. Mais, ce n’est pas pour ça que Taram se retrouve dans notre saison.
Pourquoi Taram au Théâtre du Trillium? Parce que j’aime les libres-penseurs qui s’imposent d’eux-mêmes, j’aime les paroles décapantes qui jappent dans la nuit quand tout le reste du monde dort, j’aime les élans collectifs, les empêcheurs de tourner en rond, les regroupements d’artistes qui s’affectionnent et se respectent, j’aime l’intégrité, c'est qui est « grounder » , l’anti kitch, le simple, le vrai. L’équipe de Taram, c’est tout ça, en plus d’être de véritables créateurs.
Fidèle à la tradition de laboratoire au sein de la compagnie depuis 1999, l’an prochain aura lieu la deuxième édition des Laboratoires Gestes. Du mot « laboratoire », on déduit couramment explorations, tentatives, essais-erreurs. Dans ce contexte-ci, j’ajouterai « démoulage ». Le Laboratoire Gestes est une tribune où les modes de pensées prescrites sont proscrits, c’est un lieu où on se plaît à réinventer le monde, sans idée préconçue de la forme qu’elle prendra, avec le seul souci de se dépasser, et de faire vivre aux spectateurs une expérience résolument théâtrale. J’ai donné une carte « White » à trois artistes que j’ai envie de côtoyer artistiquement : Magali Lemèle, Kira Elhers et André Perrier. Mon plan est de les pousser jusqu’au bord du ravin, pour qu’on entende bien l’écho de leur voix, dans le grand vide. Puisque l’idée de ce laboratoire est de garder les portes de l’exploration ouvertes le plus longtemps possible et de laisser surgir l’accident, le contenu ne vous est pas encore révélé.
Pour compléter notre saison à La Nouvelle Scène, nous avons le grand plaisir de co-accueillir avec le Théâtre de la Vieille 17, un spectacle formidable de nos amis du Théâtre l’Escaouette et du Théâtre Sortie de Secours : Trois exils de Christian E. Christian Essiambre et Philippe Soldevila nous ont concocté un one-man-show tout à fait délicieux, à saveur de mes origines acadiennes. C’est un spectacle à ne pas manquer qui s’adresse à tous ceux qui aiment se faire raconter de bonnes histoires, voyager en se laissant transporter par une interprétation rien de moins que prodigieuse.
Et pendant que la saison battra son plein à la Nouvelle Scène à Ottawa, le spectacle Écume prendra la route du Canada francophone jusqu’à Saskatoon, en plus de se rendre au Théâtre Périscope à Québec, du 4 au 16 octobre prochains. Cette tournée nationale marque l’ouverture du Théâtre du Trillium à une diffusion plus large de ses spectacles. Et nous sommes fiers d’offrir en tournée notre spectacle Écume qui a été hautement apprécié par la critique et notre public d’Ottawa, au cours de la saison dernière.
Avec la préparation en cours de Déluge, deuxième volet du spectacle Écume, qui a connu au cours de la saison des mises en lecture publiques au Festival du Jamais Lu à Montréal ainsi qu’aux Chantiers du Carrefour international de théâtre de Québec, le Théâtre du Trillium désire établir des dialogues artistiques entre des créateurs d’ici et d’ailleurs et ouvrir ses horizons en se laissant teinter par d’autres formes d’arts, tout en misant sur des prises de paroles fortes, urgentes. Une résidence de création à la Schaubühne de Berlin, grâce au Théâtre français du Centre national des Arts, en avril 2012 me permettra également d’embrasser les pratiques artistiques plurielles et de nourrir le Théâtre du Trillium d’un nouveau souffle.
Avec notre nouveau site web, nous espérons garder un lien plus étroit avec notre public et nos collaborateurs. Nous vous invitons à vous exprimer, à nous faire part de ce que vous vivez à travers nos programmations, que ce soit ici à Ottawa, où ailleurs dans le monde, là où nos artistes circulent. Parce qu’après tout, vous êtes, cher public, ceux sans qui notre parole n’aurait aucune résonance. Nous avons besoin d’entendre votre voix. C’est ce qui donne un sens à ce que nous faisons, et qui nous donne la force de continuer.
Anne-Marie White, Directrice artistique
